C'est la collection de maquettes en liège de Cassel réalisées par Antonio Chichi, présentée dans le cadre d'une exposition spéciale du musée Ballhaus à Wilhelmshöhe/Cassel qui a donné à Dieter Cöllen, créateur de maquettes installé à Cologne, l'impulsion décisive qui allait le destiner à la construction de maquettes en liège. Dieter Cöllen, qui élabore des maquettes dans le cadre de projets d'architectes de renom, fut fasciné par cette formidable faculté du liège de représenter les effets du temps. Ce matériau élastique permet en effet de reproduire avec une étonnante fidélité aussi bien les détails architectoniques que les surfaces effritées. La structure poreuse du liège permet de rendre l'aspect des pierres des édifices qui ont subi l'épreuve du temps. L'art de la construction de maquettes en liège ayant perdu de sa notoriété avec la fin du classicisme.

Dieter Cöllen fut obligé de réapprendre entièrement cette technique artisanale. C'est ainsi que, en se confrontant aux grands précurseurs que sont Chichi et May par une étude poussée de maquettes en liège conservées et la lecture d'ouvrages littéraires, et en se livrant à des travaux pratiques sur ce matériau, il est parvenu à faire revivre cette technique qu'il n'a eu cesse d'améliorer. Souhaitant conjuguer l'artisanal et l'artistique, Dieter Cöllen recherche la perfection et ne se contente pas de copier tout simplement les travaux de ses précurseurs. Cette technique de construction, mais également l'approvisionnement en matière première, sont le fruit de recherches poussées.
Afin d'acquérir une plus grande expérience dans la technique de construction et une mise en pratique des possibilités de création et d'expression qu'offre ce matériau, Dieter Cöllen choisit d'abord pour exemple les monuments historiques du Midi de la France qu'il pouvait admirer non loin de sa résidence secondaire. Puis il se tourna vers les constructions antiques italiennes, qui avaient été reproduites par les créateurs de maquettes en liège classiques.

Précisons toutefois que Dieter Cöllen n'a en aucun cas l'intention de copier les œuvres de Chichi et de ses collègues ou rivaux. Son travail se fonde plutôt sur des bases de l'archéologie moderne. Son objectif est de documenter avec précision les proportions et l'état de ces édifices à cette époque. Dieter Cöllen travaille en étroite collaboration avec des archéologues, et pour réaliser ses maquettes en liège, il s'applique à utiliser les plans et relevés de construction scientifiques dont la qualité reflète avec précision l'état actuel de la recherche à cette époque. Ceci illustre bien sa volonté de dépasser ses prédécesseurs.

A l'instar de Chichi, Cöllen évite toute idéalisation et tient compte des traces de dégradation et de destruction. Toutefois, dans le respect de l'esthétique contemporaine, il se concentre exclusivement sur l'architecture. Chichi les ayant déjà reproduits avec parcimonie, les éléments des paysages, qui correspondaient aux goûts et à la vision romantique des ruines du XVIIIe siècle, sont entièrement abandonnés désormais. Les maquettes sont présentées dans un environnement neutre.
Depuis quelques années, on observe un intérêt croissant pour les maquettes de monuments historiques. De par leurs dimensions sur le terrain, les détails de ces édifices sont souvent difficiles à saisir. Par ailleurs, pour des raisons de préservation, les sites archéologiques, ne sont plus aussi souvent accessible aussi librement. Les modèles réduits à l'échelle peuvent donc, d'une certaine manière, faciliter l'étude architecturale en tant que telle. Dans le cadre d'une exposition dans un musée, l'angle de vision est modifié, invitant à observer l'œuvre avec plus de précision. Contrairement aux reproductions bidimensionnelles, les maquettes permettent de saisir en tant qu'entité l'édifice et sa plastique. Les maquettes en liège contemporaines, dans leur fonction, reprennent donc en quelque sorte la tradition de celles qui les ont précédées.

Les monuments archéologiques sont sujets à des modifications permanentes, dues aux dégradations ainsi qu'à leur exploitation ultérieure ou aux mesures de restauration. Une comparaison des maquettes historiques et contemporaines, en observant l'état des édifices et la forme de leur réplique, révèle non seulement les différences d'approche de l'Antiquité et ce qu'elle signifie, mais cette juxtaposition permet également d'apprivoiser le temps et d'en visualiser l'inexorable progression.


par Nina Elseifi-Zimmermann
Extrait de la seconde édition du Catalogue de maquettes en liège,
édité par le musée national de Cassel, Château Wilhelmshöhe,
date de publication : Cassel, 2001